Le 29 octobre 2026, cinq organisations françaises d'éditeurs de presse et de sites web, le CPA, la FNPS, le GESTE, le SEPM et le SPIIL, ont déposé une plainte auprès de la Commission européenne contre Google. En cause : AI Overviews et AI Mode, accusés de siphonner le trafic des sites en réutilisant leurs contenus sans compensation ni réel droit de retrait. Selon le communiqué officiel du CPA et du GESTE, il s'agit de la plus large coalition d'organisations françaises d'éditeurs jamais réunie devant l'autorité européenne de concurrence. Pour le contexte, voir notre article sur le pilote de rémunération des éditeurs par Google.
Ce dépôt n'est pas un coup d'éclat isolé. Il s'inscrit dans un calendrier précis, s'appuie sur des chiffres déjà documentés sur le trafic perdu, et vise un point technique très concret que tout éditeur ou SEO connaît déjà : l'absence de contrôle fin sur ce que Google réutilise de son contenu. Voici ce que contient réellement la plainte, et ce qu'elle peut changer dans les mois qui viennent.
À retenir
- 5 organisations (CPA, FNPS, GESTE, SEPM, SPIIL) ont saisi la Commission européenne le 29 octobre 2026
- La plainte s'appuie sur une enquête formelle de l'UE ouverte en décembre 2025 sur l'usage des contenus d'éditeurs par Google pour l'IA
- L'Arcom chiffre à 33 à 38 % la perte de trafic liée aux résumés IA sur les marchés européens déjà concernés
- L'opt-out actuel dans Search Console ne fonctionne qu'à l'échelle du domaine entier, pas page par page
- Un contrôle au niveau de la page n'est pas attendu avant mars 2027 au plus tôt
01Ce que demande exactement la plainte
Dans leur communiqué, le CPA et le GESTE présentent leur démarche comme un recours commun inédit par son ampleur. Les cinq organisations demandent à la Commission européenne d'examiner trois volets précis : les conséquences sur la concurrence, le contrôle que les éditeurs peuvent exercer sur leurs propres contenus, et la viabilité économique de la presse en ligne face à des fonctionnalités qui, selon elles, concurrencent directement leurs sites tout en se nourrissant de leur matière première. C'est ce que détaille Silicon.fr dans son compte rendu du 2 novembre 2026.
Une coalition qui dépasse la presse traditionnelle
Le détail des cinq sigles compte : CPA (Conseil et Presse Associée), FNPS (Fédération Nationale de la Presse Spécialisée), GESTE (éditeurs de services en ligne), SEPM (presse magazine) et SPIIL (presse en ligne indépendante). Cette diversité couvre aussi bien les grands titres que les sites spécialisés et indépendants, ce qui change la portée du dossier par rapport à une plainte isolée : la Commission reçoit un signal venant de tout le spectre de l'édition numérique française, pas d'un seul segment du marché.
02Un calendrier qui remonte à l'été, et au-delà
Selon The Media Leader, Google a déployé AI Overviews et AI Mode en France le 22 juillet 2026, sans concertation préalable avec l'écosystème éditorial, toujours selon les plaignants. Le dépôt de plainte n'arrive donc pas sur un coup de tête trois mois plus tard : il s'ajoute à une procédure déjà en cours à Bruxelles.
Cette procédure, c'est l'enquête formelle ouverte par la Commission européenne le 9 décembre 2025, rapporte Siècle Digital, qui vise à déterminer si Google a enfreint les règles de concurrence de l'UE en utilisant les contenus des éditeurs et les vidéos YouTube pour alimenter ses services d'IA. La plainte française vient donc nourrir un dossier déjà ouvert, avec des chiffres et des cas concrets propres au marché français.
03Le chiffre qui pèse : jusqu'à 38 % de trafic perdu
L'argument économique repose sur une estimation de l'Arcom, le régulateur français de l'audiovisuel et du numérique : une perte de trafic de 33 % à 38 % liée aux résumés IA de Google, mesurée sur les marchés européens où ces fonctionnalités sont déjà actives, selon les données relayées par Siècle Digital.
L'opt-out ne protège le trafic qu'en sacrifiant toute visibilité IA face aux concurrents qui, eux, restent affichés.
Ce chiffre fait écho à ce que nous avions déjà documenté sur ce blog : une étude d'Ahrefs mesurait fin octobre une baisse de 23 % de clics sur les sites français exposés aux AI Overviews. Les deux ordres de grandeur ne se contredisent pas, ils mesurent des échantillons et des méthodologies différentes, mais ils pointent dans la même direction : le trafic organique recule bien au-delà du bruit statistique habituel.
04L'opt-out existe, mais il revient à disparaître
C'est sans doute le point le plus technique, et le plus parlant pour un lecteur SEO. D'après ppc.land, l'outil d'opt-out disponible dans Google Search Console ne fonctionne qu'à l'échelle du domaine entier. Un éditeur qui veut retirer ses extraits des réponses IA de Google ne peut pas le faire page par page : il doit accepter que la totalité de son site disparaisse des extraits générés par IA, avec le risque de perdre en visibilité face à des concurrents qui, eux, restent exposés dans ces mêmes résultats.
Un contrôle plus fin, au niveau de la page, n'est pas attendu avant mars 2027 au plus tôt, toujours selon la même source. Cela recoupe ce que nous écrivions sur le fait que la position affichée dans Search Console pour les AI Overviews est en réalité trompeuse : les éditeurs naviguent avec des outils de mesure et de contrôle en décalage avec la réalité du produit qu'ils subissent.
Pourquoi ce point est central dans la plainte
C'est précisément ce déséquilibre, contenu obligatoirement réutilisable ou site invisible, qui alimente l'argument de concurrence déloyale porté par les cinq organisations. Elles ne demandent pas la suppression des AI Overviews, mais un vrai choix granulaire, qui n'existe pas aujourd'hui.
05Ce qui peut changer, concrètement, pour votre site
À ce stade, la Commission européenne doit instruire la plainte, ce qui se compte en mois, voire en années pour une décision contraignante. Aucune des sources vérifiées ne donne de calendrier de décision. Ce qui est acquis, en revanche, c'est que le dossier technique de l'opt-out granulaire (mars 2027 au plus tôt) et le dossier concurrentiel à Bruxelles avancent maintenant en parallèle, sous le regard d'un régulateur français, l'Arcom, qui chiffre déjà l'ampleur des dégâts.
Pour un site français, la prudence reste la même qu'avant ce dépôt de plainte : suivre son trafic organique segment par segment, ne pas attendre une décision européenne pour diversifier ses sources d'acquisition, et surveiller les annonces de Google sur l'évolution de l'opt-out en Search Console. Rien, dans les faits vérifiés à ce jour, n'indique un changement de comportement de Google à court terme.